Le tajwîd : les premières règles pour bien réciter le Coran
Points d’articulation, allongements, règles du noun sâkina et écoute des récitateurs : les bases du tajwîd expliquées simplement, avec des exemples du Coran.

Qu’est-ce que le tajwîd ?
Le mot تَجْوِيد (tajwîd) vient d’une racine qui signifie « bien faire, embellir ». Il désigne l’ensemble des règles qui permettent de réciter le Coran tel qu’il a été transmis : chaque lettre prononcée à sa place, avec ses qualités, ses allongements et ses liaisons. Ces règles ne sont pas des ornements ajoutés après coup : elles décrivent la récitation reçue du Prophète ﷺ et transmise de maître à élève, génération après génération.
Le Coran demande lui-même une récitation posée :
أَوْ زِدْ عَلَيْهِ وَرَتِّلِ ٱلْقُرْءَانَ تَرْتِيلًا
ou un peu plus. Et récite le Coran, lentement et clairement.Le mot تَرْتِيل (tartîl) évoque une lecture lente et claire, où chaque mot est bien détaché, sans précipitation. Deux hadiths montrent que ce chemin est récompensé à chaque étape, pour l’expert comme pour le débutant :
حَدَّثَنَا قُتَيْبَةُ بْنُ سَعِيدٍ، وَمُحَمَّدُ بْنُ عُبَيْدٍ الْغُبَرِيُّ، جَمِيعًا عَنْ أَبِي عَوَانَةَ، - قَالَ ابْنُ عُبَيْدٍ حَدَّثَنَا أَبُو عَوَانَةَ، - عَنْ قَتَادَةَ، عَنْ زُرَارَةَ بْنِ أَوْفَى، عَنْ سَعْدِ بْنِ هِشَامٍ، عَنْ عَائِشَةَ، قَالَتْ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " الْمَاهِرُ بِالْقُرْآنِ مَعَ السَّفَرَةِ الْكِرَامِ الْبَرَرَةِ وَالَّذِي يَقْرَأُ الْقُرْآنَ وَيَتَتَعْتَعُ فِيهِ وَهُوَ عَلَيْهِ شَاقٌّ لَهُ أَجْرَانِ " .
Rapporté par ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée)
Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Celui qui excelle dans la récitation du Coran sera avec les nobles et vertueux scribes ; et celui qui récite le Coran en butant, alors que cela lui est pénible, aura deux récompenses. »
حَدَّثَنَا مَحْمُودُ بْنُ غَيْلاَنَ، قَالَ حَدَّثَنَا أَبُو دَاوُدَ الْحَفَرِيُّ وَأَبُو نُعَيْمٍ، عَنْ سُفْيَانَ، عَنْ عَاصِمِ بْنِ أَبِي النَّجُودِ، عَنْ زِرٍّ، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عَمْرٍو، عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ " يُقَالُ يَعْنِي لِصَاحِبِ الْقُرْآنِ اقْرَأْ وَارْتَقِ وَرَتِّلْ كَمَا كُنْتَ تُرَتِّلُ فِي الدُّنْيَا فَإِنَّ مَنْزِلَتَكَ عِنْدَ آخِرِ آيَةٍ تَقْرَأُ بِهَا " . قَالَ أَبُو عِيسَى هَذَا حَدِيثٌ حَسَنٌ صَحِيحٌ . حَدَّثَنَا بُنْدَارٌ، قَالَ حَدَّثَنَا عَبْدُ الرَّحْمَنِ بْنُ مَهْدِيٍّ، عَنْ سُفْيَانَ، عَنْ عَاصِمٍ، بِهَذَا الإِسْنَادِ نَحْوَهُ .
Rapporté par ‘Abdullâh ibn ‘Amr (qu’Allah l’agrée)
Le Prophète ﷺ a dit : « On dira au compagnon du Coran : “Récite et élève-toi, et psalmodie comme tu psalmodiais dans le bas monde, car ta place sera au dernier verset que tu réciteras.” »
Les points d’articulation (makhârij)
Chaque lettre a son مَخْرَج (makhraj), son « lieu de sortie ». Les spécialistes les regroupent en cinq grandes zones :
- La cavité de la bouche et de la gorge (al-jawf) : c’est de là que sortent les voyelles longues, alif, wâw et yâ’ d’allongement.
- La gorge (al-halq) : six lettres, du fond vers l’avant, ء ه, puis ع ح, puis غ خ.
- La langue (al-lisân) : la majorité des lettres. Le qâf ق sort tout au fond, le kâf ك un peu plus en avant ; le bout de la langue touche les gencives pour ت د ط et passe entre les dents pour ث ذ ظ.
- Les lèvres (ash-shafatân) : ف (lèvre inférieure contre les dents du haut), puis ب م و (les deux lèvres).
- Les fosses nasales (al-khayshûm) : c’est le siège de la ghunna, la nasalisation du nûn et du mîm.
Un exercice classique permet de trouver le point exact d’une lettre : la prononcer avec un sukûn après une hamza portant une fatha, par exemple أَقْ (aq), أَعْ (a‘), أَبْ (ab). L’endroit où le son s’arrête est son makhraj.
Sept lettres se prononcent « pleines », la langue relevée vers le palais : خ ص ض غ ط ق ظ. Les autres sont « légères ». Confondre س et ص, ou ت et ط, peut changer le sens d’un mot : c’est la première chose à travailler.
Les allongements (madd)
L’allongement se mesure en « temps » (haraka), une unité régulière, à peu près le temps de plier un doigt à vitesse normale.
- L’allongement naturel (madd tabî‘î) : deux temps. Il se produit avec un alif après une fatha, un wâw après une damma, un yâ’ après une kasra : قَالَ (qâla, il a dit), يَقُولُ (yaqûlu, il dit), قِيلَ (qîla, il a été dit).
- L’allongement lié (madd muttasil) : la lettre d’allongement est suivie d’une hamza dans le même mot, comme جَاءَ (jâ’a, il est venu) ; on allonge quatre ou cinq temps.
- L’allongement séparé (madd munfasil) : la hamza est au début du mot suivant, comme بِمَا أُنزِلَ (bimâ unzila, à ce qui a été descendu) ; quatre ou cinq temps selon la voie la plus répandue.
- L’allongement obligatoire (madd lâzim) : la lettre d’allongement est suivie d’une shadda, comme dans الضَّالِّينَ (ad-dâllîn, les égarés), le dernier mot de la Fâtiha ; on allonge six temps.
- À la pause en fin de verset, comme sur الرَّحِيمِ (ar-rahîm), on peut allonger deux, quatre ou six temps, à condition de rester constant.
Le noun sâkina et le tanwîn : quatre règles
Le noun sâkina est un نْ sans voyelle ; le tanwîn est le son « n » final des voyelles doublées. Leur prononciation dépend de la lettre qui suit.
Étapes
Izh-hâr (prononciation claire) devant les six lettres de la gorge ء ه ع ح غ خ : le « n » reste net, comme dans أَنْعَمْتَ (an‘amta, Tu as comblé).
Idghâm (assimilation) devant les six lettres du mot يَرْمَلُونَ : avec nasalisation devant ي ن م و, comme مَن يَقُولُ (may-yaqûlu) ; sans nasalisation devant ل ر, comme مِّن رَّبِّهِمْ (mir-rabbihim, de leur Seigneur).
Iqlâb (conversion) devant ب : le « n » devient un « m » nasalisé, comme مِنْ بَعْدِ (mim ba‘di, après) ; le mushaf l’indique par un petit mîm.
Ikhfâ’ (dissimulation) devant les quinze autres lettres : le « n » est voilé et nasalisé, comme كُنْتُمْ (kuntum, vous étiez) ou مِنْ قَبْلِكَ (min qablika, avant toi).
Attention : l’assimilation ne se fait qu’entre deux mots. À l’intérieur d’un même mot, comme الدُّنْيَا (ad-dunyâ, ce bas monde), le « n » reste clair.
Deux réflexes de plus : ghunna et qalqala
La ghunna est un son nasal de deux temps. Elle est obligatoire sur le nûn et le mîm portant une shadda : إِنَّا (innâ, Nous), dans le premier verset de la sourate al-Kawthar, ou ثُمَّ (thumma, ensuite). Bouchez-vous le nez : si le son se coupe, c’est bien une ghunna.
La qalqala est un léger rebond sur cinq lettres portant un sukûn, réunies dans l’expression قُطْبُ جَدٍّ (qutbu jaddin) : ق ط ب ج د. La sourate al-Ikhlâs en offre de beaux exemples : لَمْ يَلِدْ (lam yalid, Il n’a pas engendré), et أَحَدٌ (ahad, Unique) lorsqu’on s’arrête en fin de verset. Le rebond est plus marqué à la pause.
Écouter, répéter, progresser
Le tajwîd s’apprend d’abord à l’oreille. Les Compagnons ont reçu le Coran de la bouche du Prophète ﷺ, et cette transmission orale, le talaqqî, reste la méthode de référence. Les récitations lentes et pédagogiques, comme celles de Mahmûd Khalîl al-Husarî ou de Muhammad Siddîq al-Minshâwî, sont idéales pour débuter. Le lecteur de la page Coran de l’application permet de répéter un verset et d’en ralentir la lecture.
Étapes
Choisir une sourate courte déjà connue, comme al-Ikhlâs ou al-Kawthar.
Écouter un verset récité lentement, deux ou trois fois, en suivant le texte du doigt.
Répéter à voix haute en imitant le rythme, les allongements et les nasalisations.
S’enregistrer, puis comparer avec le récitateur.
Réciter une fois par semaine devant une personne compétente, qui corrige.
Travaillez une seule règle par semaine, sur des sourates que vous connaissez déjà. Les mushafs dits « de tajwîd », où chaque règle a sa couleur, aident à repérer les cas sans tout mémoriser d’un coup. Et si la langue résiste, souvenez-vous : celui qui bute a deux récompenses.
Pour aller plus loin
- Les bases de la lecture : apprendre l’alphabet arabe.
- Retenir ce que l’on récite : mémoriser le Coran avec une méthode réaliste.
- S’exercer sur la Fâtiha et sur la sourate al-Ikhlâs.
- Le parcours débutant de l’espace Apprendre.
Questions fréquentes
Le tajwîd est-il obligatoire ?
Les savants distinguent la théorie, considérée comme une obligation collective, et l’application en récitant, où beaucoup jugent obligatoire d’éviter les fautes qui changent une lettre ou le sens. Les avis varient sur les fautes plus discrètes. Pour une situation personnelle, demandez conseil à une personne qualifiée.
Par quelle règle commencer le tajwîd ?
Commencez par la bonne prononciation des lettres (makhârij), surtout celles de la gorge et les lettres « pleines », puis l’allongement naturel de deux temps. Viennent ensuite les quatre règles du noun sâkina et du tanwîn, la ghunna et la qalqala.
Combien de temps dure un « temps » (haraka) ?
Ce n’est pas une durée fixe en secondes : c’est une unité régulière, souvent comparée au temps de plier un doigt. L’important est de garder la même mesure tout au long de la récitation, quelle que soit sa vitesse.
Peut-on apprendre le tajwîd avec une application ?
Les audios et les applications aident beaucoup pour écouter, répéter et s’enregistrer. Mais la correction par un enseignant reste essentielle, car on entend mal ses propres erreurs. L’idéal est de combiner pratique quotidienne et récitation régulière devant une personne compétente.
Quelle est la différence entre Hafs et Warsh ?
Ce sont deux transmissions authentiques de la récitation coranique, l’une d’après ‘Âsim, l’autre d’après Nâfi‘. Elles diffèrent sur certains allongements, certaines hamzas et quelques prononciations. On suit en général la lecture de son enseignant ou de sa région.
Mots arabes de cet article
- Tajwîd تجويد
- Ensemble des règles de prononciation et de récitation du Coran ; littéralement « bien faire, embellir ».
- Tartîl ترتيل
- Récitation lente, claire et posée, demandée par le Coran (sourate al-Muzzammil, verset 4).
- Makhraj مخرج
- Point d’articulation d’une lettre, l’endroit précis de la bouche ou de la gorge d’où sort son son (pluriel : makhârij).
- Madd مد
- Allongement d’une voyelle, mesuré en temps : deux temps pour l’allongement naturel, jusqu’à six dans certains cas.
- Ghunna غنة
- Son nasal qui résonne dans les fosses nasales, propre au nûn et au mîm, d’une durée de deux temps.
- Qalqala قلقلة
- Léger rebond du son sur les lettres ق ط ب ج د lorsqu’elles portent un sukûn.
- Noun sâkina نون ساكنة
- La lettre nûn sans voyelle, dont la prononciation change selon la lettre qui la suit.
- Talaqqî تلقي
- Transmission orale directe, de la bouche de l’enseignant à l’oreille de l’élève, méthode traditionnelle d’apprentissage du Coran.
Sources et références
Chaque référence a été contrôlée automatiquement : existence du verset ou du hadith, numérotation sunnah.com, degré d’authenticité selon les savants.
- Coran 73:4Vérifiéquran.com
- Coran 1:7Vérifiéexemples : an‘amta (izh-hâr) et ad-dâllîn (allongement de six temps)quran.com
- Coran 2:4Vérifiéexemples : bimâ unzila (allongement séparé), min qablika (ikhfâ’)quran.com
- Coran 2:5Vérifiéexemple : min rabbihim (idghâm sans nasalisation)quran.com
- Coran 2:8Vérifiéexemple : man yaqûlu (idghâm avec nasalisation)quran.com
- Coran 112:1-4Vérifiéexemples de qalqala : lam yalid, ahadquran.com
- Sahîh Muslim n° 798aSahîh (authentique) · al-Bukhârî et Muslim (muttafaq ‘alayh, al-Bukhârî n° 4937)VérifiéVoir sur sunnah.com
- Jâmi‘ at-Tirmidhî n° 2914Hasan sahîh · Ahmad Muhammad ShâkirVérifiéVoir sur sunnah.com
- Tuhfat al-atfâl (poème d’initiation aux règles du noun sâkina et du madd) — Sulaymân al-JamzûrîRéférence bibliographique
Dans l’application
Cet article est une synthèse pédagogique : il résume des sources vérifiées et ne constitue pas une fatwa. Les détails de pratique peuvent varier selon les écoles. Pour une situation personnelle, consultez une personne qualifiée. Signaler une erreur


